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Sommaire «Séries et culture audiovisuelle»

LECTURE JEUNE 154 | JUIN 2015

Edito par Sonia de Leusse-Le Guillou, directrice de Lecture Jeunesse

En concordance avec son sujet, la revue joue les prolongations : ce numéro est le deuxième volet d’un dossier ouvert lors du colloque de novembre 2014 sur le cross-média et le transmedia1. La série règne en maître sur le marché de l’édition – même si les one shots semblent faire leur réapparition – permettant de maintenir des lecteurs dans des univers, des « oeuvres-mondes » pour reprendre les termes d’Isabelle Rachel-Casta2. L’avalanche de titres et la multiplication des tomes suscitent la suspicion : cette production doit-elle seulement aux stratégies marketing ? Certes, l’intérêt financier n’est pas à exclure – d’autant plus si la série bénéficie d’une déclinaison transmédiatique – mais à mesure que les tomes s’ajoutent, les lecteurs, eux, peuvent déserter. Feuilletonistes, les mangakas, par exemple, le savent bien, dont la continuité de la publication est soumise à l’audience qu’elle rencontre dans leur périodique. Quand aucun film ou aucun jeu vidéo ne vient relancer les ventes, une suite peut peiner à retrouver le lectorat enjoué de son lancement.

  L’enjeu, pour l’auteur, est de tenir sa narration et la vraisemblance de son univers dans la durée. Le pari, pour l’éditeur, sera de mobiliser le lectorat sur le long cours. Le défi qui revient aux prescripteurs est de sélectionner, dès le premier volume, les séries qui iront jusqu’au bout de leurs promesses. Les médiateurs eux, doivent compter avec des arbitrages budgétaires qui peuvent mettre en question la possibilité d’acquérir la totalité d’une série.   Pourtant, le modèle est dominant. La série se consomme sans modération – sur papier, sur écran, en la lisant ou en la regardant. On la commente, on la parodie, on la réécrit ou on l’analyse. Objet désormais légitime d’études chiffrées ou savantes, la série n’a plus à rougir d’un statut déprécié. OEuvre parfois collective, elle autorise une autre conception de l’auctorialité. Formant un tout mais par essence segmentée, elle décale ou met en question les critères d’appréciation et de jugement esthétiques d’une oeuvre unique. Par ses adaptations plurimedia, elle bouscule également les horizons d’attente des récepteurs et la notion même d’oeuvre originale : lesquels, des épisodes télévisés ou des livres constituent-ils l’univers de référence originel ? Cette question a-t-elle encore du sens quand l’adaptation prend le dessus sur la narration première, comme en témoigne Games of Thrones ? De telles interrogations imposaient un dossier3 transversal, qui, au-delà du livre, ouvrait la réflexion au champ audiovisuel et à la « sériephilie ».   Retrouvez également notre dossier sur les séries paru dans la revue Lecture Jeune n°105 (mars 2003).

Isabelle-Rachel Casta enseigne la littérature à l’Université d’Artois (Master à distance, ESPE, MOOC).

La série, par sa forme mouvante, soulève de nombreuses questions que formule et auxquelles répond cet article d’Isabelle Rachel- Casta.
Séries et littérature pour la jeunesse, entretien avec Matthieu Letourneux

Professeur de Littérature française à l’Université Paris Ouest Nanterre- La Défense, Matthieu Letourneux est spécialiste des cultures sérielles et médiatiques des XIXe et XXe siècles et de la littérature pour la jeunesse.

La série est très présente en littérature de jeunesse. Matthieu Letourneux dresse un état des lieux des liens et des évolutions de ce type de publications dans le champ éditorial.
La conception de série(s), entretien avec Bertrand Puard

Passionné de cinéma et de littérature policière, Bertrand Puard entre comme lecteur aux Éditions du Masque. Il fait ses débuts d’écrivain avec une nouvelle Et la lumière fut (1998) saluée par la critique.

Comment un écrivain conçoit-il une série ? Bertrand Puard, auteur des Effacés et de Vol 1618 a répondu aux questions de Lecture Jeune sur sa méthode de travail.
La narration sérielle, entretien avec Anaïs Goudmand

Agrégée de lettres modernes, Normalienne (Ulm), Anaïs Goudmand est doctorante au Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (CRAL) de l’EHESS sous la direction de Jean-Marie Schaeffer.

Anaïs Goudmand prépare une thèse en narratologie sur la sérialité. Dans cet entretien, elle met à jour les spécificités narratives des séries, qu’elles soient littéraires ou télévisées, tout en explicitant les mécanismes de leur conception.

Maître de conférences à Paris III Sorbonne Nouvelle, Marie-France Chambat-Houillon est chercheur au CEISME (CIM) et LabexICCA.

Initialement paru dans Jeunes et Médias, la revue du centre d’études sur les jeunes et les médias, sous le titre « Quelques paradoxes de la contrainte sérielle pour les jeunes », cet article de Marie-France Chambat-Houillon dont Lecture Jeune publie un extrait remanié interroge la pertinence d’une stratégie qui consiste à adresser certaines séries à des jeunes.

Directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique, Laboratoire Communication et Politique (Paris), il travaille sur les pratiques culturelles et médiatiques contemporaines, notamment des jeunes.

Depuis une dizaine d’années, les séries télévisées américaines font l’objet d’un investissement social et culturel que manifestent tout autant l’amateurisme déclaré d’une partie des individus pour ce genre que la prégnance de leur programmation sur les chaînes de télévision au détriment de la fiction cinématographique. Cette nouvelle sériephilie se caractérise par deux traits : l’anoblissement culturel du genre et l’apparition d’un amateurisme, notamment au sein des catégories diplômées et supérieures, contrastant ainsi avec le statut dévalorisé que la série télévisée avait aux yeux de leurs aînés, il y a une trentaine d’années. Les séries télévisées semblent suivre un processus de reconnaissance de leur valeur semblable à celui qui a affecté certains genres populaires de la part d’amateurs déclarés appartenant aux professions intellectuelles, littéraires notamment.

Sociologue et enseignant à l’université de Grenoble, son travail porte principalement sur les pratiques musicales et audiovisuelles, en particulier au prisme du numérique.

La dernière enquête sur les pratiques culturelles des Français a révélé que les 15 à 24 ans comptent parmi les plus grands consommateurs de séries télé1. 88 % d’entre eux regardent « régulièrement » au moins une série et 55 % en suivent trois et plus. À titre de comparaison, les plus de 65 ans voient ces chiffres tomber respectivement à 67 % et 30 %. Les jeunes sont aussi de plus grands usagers des « nouveaux écrans2 » : ordinateurs connectés à internet, DVD et DivX, services de vidéo-à-lademande (VOD) et replay TV, téléchargement, streaming. Au-delà de ces récents dispositifs et réseaux, les conditions dont les jeunes bénéficient aujourd’hui sont bien plus favorables que celles de leurs prédécesseurs. De plus anciens amateurs racontent en effet leurs difficultés passées pour découvrir de nouvelles séries « intéressantes », se documenter et les visionner. Ces obstacles étaient liés, jusque dans les années 2000 en France, à une moindre valorisation sociale et médiatique de ces programmes. La tendance s’est inversée désormais. Les séries ont vu croître leur légitimité auprès d’un public élargi, y compris parmi les catégories supérieures. Par ailleurs, internet et son lot de webzines, forums de discussion et autres sites de partage est venu bouleverser les modalités d’accès non seulement aux séries mais à leurs admirateurs.

Le e-dossier de la revue


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